Étudier en situation de handicap devrait juste être étudier !

Accessibilité, aménagements et inclusion dans l’enseignement supérieur

Depuis mi-septembre, les lycéens et lycéennes se mobilisent afin de faire entendre leur colère. En cause, le manque de moyens dans l’enseignement, la dégradation des locaux et la suppression de postes d’enseignants. Deux semaines plus tard et à raison, la quasi-totalité des universités ont rejoint le mouvement pour réclamer à leur tour plus de moyens et des conditions d’études décentes.

À ces difficultés insoutenables s’ajoutent le traitement défavorable subi par les étudiantes et étudiants en situation de handicap qui compromet gravement leur accès aux études supérieures et leur maintien dans ces cursus : inaccessibilité des locaux et des supports pédagogiques, refus d’aménagements, exclusion sociale… La liste est beaucoup trop longue pour être exhaustive.

À l’occasion des nouvelles permanences juridiques Agir Étudiants qui ont débuté ce 14 octobre, et parce que nous soutenons cette jeunesse engagée, nous vous proposons un récapitulatif de la situation alarmante des étudiantes et étudiants handicapés. L’heure n’est plus aux beaux discours mais à la mobilisation concrète, totale et immédiate !

Les étudiant·e·s handicapé·e·s dans le supérieur

Malgré une communauté large et diversifiée, les personnes handicapées sont toujours exclues de la société, y compris dans l’enseignement supérieur. En effet, 80,8 % des jeunes en situation de handicap estiment que l’école n’est pas inclusive.

64 000 étudiantes et étudiants en situation de handicap sont recensés dans les établissements d’enseignement supérieur publics et privés d’intérêt général, soit seulement 2,2 % de l’effectif total selon le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

Pour couronner le tout, ce chiffre, déjà inquiétant en soi, est sous-évalué ! Certains jeunes n’ont pas encore de reconnaissance administrative de leur handicap ou ne demandent pas les aménagements dont ils pourraient légitimement bénéficier.

De plus, lorsqu’ils sont à l’université, les étudiant·e·s handicapé·e·s sont plus nombreux en licence qu’en master ou en doctorat : 77 % d’entre eux sont en licence, on tombe à 22 % en master et moins de 1 % en doctorat… En d’autres termes, c’est la chute libre !

Beaucoup sont forcés d’abandonner leurs études faute d’aménagements adaptés à leurs besoins : plus d’un quart des jeunes en situation de handicap ont renoncé à une formation car elle n’était pas compatible avec leur handicap (Enquête IFOP 2022).

Vous avouerez volontiers qu’une situation pareille serait intolérable et inimaginable si on parlait d’élèves valides n’est-ce pas ? Alors pourquoi ça devient normal quand il est question d’élèves handis ? Parce que la société est validiste et cela a des répercussions graves sur la vie des personnes concernées.

Les difficultés des jeunes en situation de handicap

En réalité, l’inclusion démarre avant même de passer les portes de l’école. C’est pouvoir être autonome chez soi, dans ses déplacements et s’organiser comme on le souhaite. Plus de la moitié des jeunes handicapé·e·s s’estiment mal informé·e·s sur leurs droits et plus de 40 % sont en précarité financière. Comment faire des choix de vie et être indépendant·e dans ce cas ?

« Quand j’ai dû faire mon orientation post-bac, c’était l’enfer. Déjà, c’était la première année de Parcoursup, donc au secours et en plus je n’étais pas au courant que j’avais droit à un transport adapté pour aller en cours. Donc j’ai fait mes choix d’établissement en fonction des transports ce qui a gravement réduit mes candidatures. Ça faisait 3 ans que je me tapais des transports pas accessibles parce que la RATP se fout de faire des travaux sur ces vieux métros d’un siècle passé ! »

Témoignage de Marie, 26 ans.

Étudier en situation de handicap, c’est prendre du retard dans les cours car on n’a pas eu les supports en temps et en heure, c’est devoir compter sur le bon vouloir des élèves valides pour obtenir un peu d’aide, c’est être bloqué car les ascenseurs sont en panne, c’est devoir entrer dans l’établissement par derrière car l’entrée principale n’est pas accessible…

« Ma licence je l’ai eue à un fil. Ça m’a épuisé. J’ai un handicap invisible et je n’ai jamais eu d’aide ou d’aménagements, j’avais peur de demander bien que j’aie une reconnaissance de mon handicap et tout. Mais j’avais trop peur et pas l’énergie de passer le cap. Donc j’ai subi en silence et c’était dur. Je n’ai pas pu poursuivre en Master et en plus comme je ne savais pas ce que je voulais faire plus tard, bah, forcément, j’ai décroché… »

Témoignage de Sofiane, 26 ans.

Ces situations ont un impact négatif concret puisqu’un jeune en situation de handicap a 46 % de chances en moins d’être diplômé du supérieur par rapport à un jeune « valide » (France Stratégie 2025).

Dans le cadre des études, le problème le plus fréquent tient aux aménagements accordés mais non appliqués. À cela s’ajoutent les problèmes d’accessibilité, des refus de passage en master, des ruptures de contrat d’alternance en raison du handicap, des refus de temps plein…

« Il n’y a pas un établissement que j’ai fait où l’ascenseur n’est pas tombé en panne et où ça n’a pas pris 1000 ans pour le faire réparer c’est quand même incroyable de mépriser les handicapés comme ça et de s’en foutre autant. J’aimerais bien les voir eux les valides dans un environnement hostile et inaccessible à leurs besoins ! »

Témoignage de Marie, 26 ans.

La MDPH peut aussi constituer un obstacle alors qu’elle devrait être un appui en raison du manque d’information sur les démarches, des délais de réponse compromettant la poursuite des études et des ruptures de droits.

Selon l’IFOP, les deux tiers des étudiant·e·s handicapé·e·s ont déjà renoncé à faire valoir leurs droits…

Les établissements d’enseignement supérieur face au manque de moyens

Université, école publique ou privée, lycée… La qualité de l’accueil et le suivi des élèves handicapé·e·s peuvent être très variables d’un lieu à l’autre. Certains sont très alertes sur le sujet et mettent en place des dispositifs d’inclusion importants ; ce sont des exemples à suivre.

Néanmoins, globalement, les établissements d’enseignement supérieur font face à des difficultés importantes dans l’accompagnement des étudiant.e.s en situation de handicap. Les demandes d’aménagements progressent d’année en année, tandis que les moyens financiers, humains et matériels ne suivent pas.

Les services dédiés sont souvent en sous-effectif et manquent de temps. Par conséquent, cela allonge les délais d’instruction des dossiers, indispensable pour mettre en place des aménagements adaptés à chaque situation.

Les établissements sont également inquiets en ce qui concerne l’orientation et l’insertion professionnelle des jeunes en situation de handicap : RQTH, Cap Emploi, Agefiph… Ils ne sont pas encore en mesure d’accompagner et de sensibiliser les étudiant.e.s sur cette thématique.

Le manque de connaissances sur le handicap et le validisme est un frein. Les équipes ont besoin d’être formées sur le cadre juridique et l’accompagnement des élèves concerné.e.s. Droit Pluriel s’engage et se mobilise en ce sens.

Un avenir incertain

Les aménagements d’études garantis par la loi de 2005 se heurtent à des réalités contraires tenaces : manque de moyen, mais aussi de volonté et jemenfoutisme général ! Résultat ? Une fatigue chronique, un stress permanent et une charge mentale considérable qui s’ajoutent au travail académique et ébranlent complètement le maintien dans les études et l’obtention des diplômes.

Ce contexte nourrit un isolement social profond. La ségrégation sociale, le validisme et l’inaccessibilité entravent la sociabilisation, pourtant essentielle à la réussite et à l’épanouissement. 44,6 % des jeunes en situation de handicap déclarent rencontrer des freins à leur participation aux activités collectives, associations, évènements, soirées…

Ces difficultés sont le produit d’une société validiste qui exclut les étudiantes et étudiants en situation de handicap. Les répercussions sur leur avenir sont durables, d’abord sur les trajectoires d’études et de formation, puis sur l’insertion professionnelle.

En effet, les personnes reconnues handicapées sont deux fois moins souvent en emploi en comparaison avec l’ensemble de la population. Le taux de chômage des travailleurs handicapés s’élève à 12 %, contre 7 % pour l’ensemble des demandeurs d’emploi.

Agir pour le respect des droits étudiants

Pour résumer, nous devons nous questionner collectivement, repérer et déconstruire nos biais validistes, questionner nos pratiques, (se) former et sensibiliser au handicap.

Étudiantes et étudiants, il s’agit aussi de connaître vos droits : compensation, accessibilité, non-discrimination, secret médical… Et les ressources utiles pour les faire valoir comme le programme Atypie-Friendly, le Défenseur des Droits, 100 % Handinamique et nos permanences Agir Étudiants.

Du 14 octobre au 26 novembre 2026, des avocates et avocats de notre réseau proposeront des consultations gratuites et confidentielles au sein des établissements d’enseignement supérieur partenaires.

La permanence Agir Étudiants sera reconduite ultérieurement au cours de l’année ; suivez-nous sur nos réseaux sociaux pour connaître les prochaines dates !

Vous pouvez également retrouver une permanence juridique gratuite et accessible, disponible toute l’année en distanciel et en présentiel dans nos antennes.

Un guide accessible consacré aux droits des étudiants en situation de handicap est d’ores et déjà à votre disposition sur notre page Agir Étudiants.

Une question dès maintenant ? Notre permanence juridique est joignable à agir-etudiant@droitpluriel.fr

La solidarité, l’égalité des chances, la diversité et la justice sont les valeurs qui nous permettent de faire société. C’est pourquoi nous exprimons tout notre soutien à la mobilisation lycéenne et étudiante. L’ensemble des revendications exprimées sont plus que légitimes et doivent absolument être entendues et surtout prises en compte le plus rapidement possible.