Crip Club – Les extraits de notre groupe de parole

Le Crip Club, c’est un espace de parole politique, vivant et nécessaire, porté par celles et ceux que le validisme invisibilise trop souvent.

Ici, on partage, on confronte, on nomme les injustices et on reprend la parole. Chaque rencontre est un acte collectif : faire exister nos vécus, affirmer nos droits et transformer la colère en force.

Les textes qui en émergent en sont le prolongement — des paroles incarnées, à lire, à relayer, à faire résonner.

Crip Club #3 - Guérison

Un texte de Zig Blanquer sur “Le corps « Crip » face à l’injonction de guérison”

Extrait de Nos existences handies

« On nous a appris, dès l’enfance pour beaucoup d’entre nous, que notre corps était un chantier permanent. Un ensemble de pièces détachées qu’il fallait redresser, muscler, appareiller, pour se rapprocher, un jour peut-être, de cette ligne d’horizon qu’est la « normalité ». Cette idéologie de la réparation est un piège. Elle nous maintient dans une salle d’attente perpétuelle, nous faisant croire que notre vie réelle ne commencera que lorsque nous serons « guéris » ou « moins handicapés ».

La théorie crip, c’est le geste radical de quitter cette salle d’attente. C’est dire : mon corps, ici et maintenant, avec ses douleurs, ses limites fonctionnelles, ses cicatrices et ses prothèses, est un corps complet. Il n’est pas en attente de perfection. En revendiquant notre « invalidité », nous brisons le miroir dans lequel la société nous regarde avec pitié. Nous ne sommes pas des patients chroniques, nous sommes des sujets politiques. Ce n’est pas à nos muscles de s’adapter à une société rigide, c’est à la société de reconnaître que la fragilité et l’interdépendance sont les seules conditions humaines réelles. En cessant de vouloir « guérir » pour les autres, nous commençons enfin à vivre pour nous-mêmes. »

Crip Club #2 - Parentalité

« La question de la parentalité des personnes handicapées interroge (…) les normes sociales, les progrès scientifiques, et au-delà de cela, les idées sur la famille. »  Charlotte Puiseux

On nous a appris que grandir — pour être parent, pour travailler, pour devenir un·e adulte responsable — c’était gagner en autonomie, devenir « autosuffisant ». Une autonomie qui consisterait à ne dépendre de personne. On nous a appris qu’être autonome c’est finalement vivre en autarcie. Dans ce système, nos limites corporelles ou psychiques sont vues comme des freins, des empêchements pour avoir une vie pleine.

La vérité est ailleurs : personne n’est autosuffisant.

Nous pensons au contraire que nos limites ou nos besoins d’accompagnement n’annulent pas la capacité d’agir. On peut avoir besoin d’aide pour se lever et être celui ou celle qui console, qui transmet, qui élève. Nos limites sont les points de départ d’une forme de vivre ensemble fondée sur le soutien mutuel plutôt que sur la performance individuelle.

J’ai le droit d’être un parent fatigué, moyen ou en apprentissage, sans que mon handicap ne soit pointé comme le coupable. Demander de l’aide enseigne une vérité précieuse : la vulnérabilité n’est pas une honte et l’entraide est le moteur d’une société saine.

Aujourd'hui, je ne laisserai pas le regard de la société me dire ce dont je suis capable ou non. Je ne suis pas une "antinomie", je suis une personne entière dont la force réside aussi dans des liens qui libèrent.

Crip Club #1 - Validisme

« Le validisme nous pousse à croire qu’une technologie est « normale » et qu’une autre est « spéciale ». Nous avons tellement intégré les escaliers que nous les considérons comme naturels — alors qu’une marche n’est pas plus naturelle qu’une rampe. » — Sunaura Taylor (artiste Crip)

Souvent, nous arrivons dans un espace en portant le poids de ce que la société considère comme « normal ».

On nous a appris que s’exprimer d’une certaine manière, avec une certaine vitesse ou une certaine posture, était la norme, et que tout le reste était une « adaptation » ou une demande spéciale.

On nous a appris qu’être présent, c’est être assis droit, immobile et attentif pendant des heures, et que tout autre besoin — s’allonger, bouger, s’isoler ou fragmenter son temps — était une « interruption » ou un manque de discipline.

On nous a appris que les prothèses oculaires étaient des accessoires de mode mais que les prothèses auditives étaient des accessoires honteux.

Au Crip Club, nous refusons de hiérarchiser nos existences. Il n’y a pas ici de besoins « spéciaux » face à des besoins « normaux ». Il n’y a que des êtres humains avec des façons d’être au monde différentes.

Pour refuser cette hiérarchie au quotidien, je peux :

  • Cesser de m’excuser pour mes besoins d’accès 
  • Reconnaître que mes outils (fauteuil, sous-titres, médicaments) sont des extensions légitimes de mon être, pas des « béquilles » honteuses.
  • Interroger la « norme » : quand je bloque face à un obstacle, je me rappelle que c’est l’environnement qui est défaillant, pas mon corps.

Aujourd'hui, Je refuse d’être classé. Je m'autorise à prendre ma place, exactement tel que je suis.